Avec l’inauguration de son Centre d’excellence en intelligence artificielle (CE’IA), l’UPF franchit un nouveau cap. Objectif ? Ne plus se contenter de consommer la technologie, mais en devenir un acteur majeur à l’échelle nationale et continentale. De l’adaptation des cursus à la recherche appliquée dans la santé ou l’agriculture, Mohammed Aziz Lahlou, Président de l’UPF, détaille sa vision d’une université connectée à son écosystème socio-économique, prête à relever les défis de demain.
Comment l’UPF University appréhende-t-elle aujourd’hui l’impact de l’intelligence artificielle sur l’enseignement supérieur ?
À l’UPF University, nous considérons l’intelligence artificielle comme l’une des évolutions les plus déterminantes pour l’avenir de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et du développement économique. Son impact dépasse largement le cadre technologique, elle transforme les métiers, les compétences attendues par les employeurs, les méthodes d’apprentissage et les modèles d’innovation.
Consciente de ces enjeux, l’UPF University a créé le Centre d’excellence en intelligence artificielle (CE’IA). Ce centre a vocation à constituer un espace de réflexion, de recherche et de développement autour des applications de l’intelligence artificielle dans l’enseignement supérieur et la recherche scientifique. Il a également pour mission d’accompagner la réflexion stratégique sur les transformations induites par l’IA, de favoriser les collaborations entre le monde académique et les acteurs socio-économiques, et de contribuer à l’émergence d’une expertise nationale dans ce domaine. Parallèlement, l’intelligence artificielle est progressivement intégrée au sein de nos cursus, car nous sommes convaincus qu’elle constitue désormais une compétence essentielle pour les futurs diplômés. Qu’ils se destinent à des carrières d’ingénieur, de manager, d’architecte, de financier ou d’entrepreneur, les cadres de demain devront être capables de comprendre, d’utiliser et de piloter les outils d’intelligence artificielle dans leur domaine d’activité. Notre ambition n’est pas seulement de former des utilisateurs de l’IA, mais des professionnels capables d’en maîtriser les enjeux techniques, économiques, éthiques et sociétaux. Dans un contexte où l’intelligence artificielle devient un facteur majeur de compétitivité et de souveraineté technologique, les universités ont la responsabilité de préparer les talents qui contribueront à construire les solutions de demain et à renforcer la capacité d’innovation de notre pays.
Pour l’UPF University, l’intelligence artificielle ne représente donc pas uniquement une nouvelle technologie à intégrer dans les programmes, elle constitue un enjeu stratégique qui appelle une évolution profonde de la formation, de la recherche et de la production des connaissances.
De quelle manière l’IA commence-t-elle à transformer les pratiques pédagogiques, les contenus de formation ou l’accompagnement des étudiants au sein de votre université ?
L’IA transforme progressivement les méthodes pédagogiques. Les étudiants ont désormais accès à des outils capables de les assister dans la recherche documentaire, la synthèse d’informations, la programmation, l’analyse de données ou encore la création de contenus. Cette évolution nous amène à faire évoluer nos pratiques d’enseignement. L’accent est davantage mis sur la compréhension, l’analyse, la résolution de problèmes complexes, le travail collaboratif et la capacité à évaluer la pertinence des réponses générées par les systèmes d’IA. Par ailleurs, nous intégrons progressivement les enjeux liés à l’intelligence artificielle dans plusieurs programmes afin que les étudiants, quelle que soit leur discipline, puissent comprendre les opportunités et les limites de ces technologies.
Comment concilier les opportunités offertes par l’IA avec la nécessité de préserver l’esprit critique, l’autonomie intellectuelle et la qualité des apprentissages ?
L’intelligence artificielle ne doit pas remplacer la réflexion humaine. Elle doit au contraire devenir un outil au service de celle-ci. Nous encourageons nos étudiants à questionner les résultats produits par les outils d’IA, à vérifier les sources, à croiser les informations et à développer leur propre analyse. La véritable valeur ajoutée d’un diplômé ne résidera plus uniquement dans sa capacité à accéder à l’information, mais dans sa capacité à l’interpréter, à la contextualiser et à prendre des décisions pertinentes.
Plus que jamais, l’esprit critique, la créativité, la communication et le jugement humain deviennent des compétences stratégiques.
Quelles dispositions ou réflexions mettez-vous en place pour encadrer l’usage de l’IA sur le plan académique, notamment en matière d’évaluation et d’intégrité des travaux ?
L’apparition de l’IA générative impose effectivement de repenser certains modes d’évaluation. Notre approche privilégie une utilisation responsable et transparente de ces outils. Nous sensibilisons les étudiants aux questions d’intégrité académique et aux bonnes pratiques d’utilisation de l’IA. L’objectif n’est pas d’interdire systématiquement ces technologies, mais d’apprendre à les utiliser de manière éthique et professionnelle. Nous réfléchissons également à des modalités d’évaluation qui valorisent davantage la réflexion personnelle, les projets appliqués, les présentations orales, les études de cas et les travaux collaboratifs, afin de mieux mesurer les compétences réelles des étudiants.
Selon vous, quelles sont les principales compétences que les étudiants devront développer pour évoluer dans un environnement professionnel de plus en plus marqué par l’IA ?
Les compétences techniques resteront importantes, mais elles devront être complétées par des compétences humaines et transversales. Nous identifions notamment la maîtrise des outils numériques et de l’intelligence artificielle, l’analyse critique et la vérification de l’information, ainsi que la capacité à formuler les bonnes questions et à résoudre des problèmes complexes. À cela s’ajoutent la créativité et l’innovation, l’intelligence émotionnelle et la communication, l’adaptabilité face à l’évolution rapide des métiers, et enfin la compréhension des enjeux éthiques, juridiques et sociétaux liés à l’IA. Les diplômés les plus recherchés seront probablement ceux qui sauront combiner expertise métier, maîtrise des outils d’intelligence artificielle et qualités humaines.
L’UPF University vient d’inaugurer son Centre d’excellence en IA (CEIA@UPF). En quoi ce pôle marque-t-il une nouvelle étape dans votre modèle pédagogique et dans votre vision de l’enseignement supérieur ?
L’inauguration du CEIA@UPF s’inscrit dans la dynamique de notre vingtième anniversaire et de notre plan de développement stratégique 2026-2030. Elle marque une étape importante dans l’évolution de notre modèle, celle d’une université qui ne se limite pas à transmettre et à appliquer les connaissances, mais qui se donne les moyens d’en produire et de contribuer à façonner les usages de l’intelligence artificielle. Sur le plan pédagogique, le Centre apporte une dimension nouvelle en rapprochant l’enseignement de la recherche. Étudiants et enseignants sont amenés à travailler au contact de projets concrets, conduits avec des partenaires académiques, économiques et institutionnels. Cette articulation entre formation, recherche et innovation prépare nos étudiants à un environnement professionnel en évolution rapide, tout en consolidant la dynamique scientifique de l’université. Plus largement, ce pôle traduit notre vision de l’enseignement supérieur, une université ancrée dans son écosystème, ouverte sur les acteurs socio-économiques et tournée vers l’innovation. À travers lui, nous souhaitons positionner Fès comme un pôle de référence en matière de recherche et d’intelligence artificielle, au service du développement du pays.
Lien de l’article